L'histoire de l'IRPA

 

De 1900 à 1945 : la genèse de l'Institut au sein des Musées royaux d'Art et d'Histoire

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L'histoire de l'Institut royal du Patrimoine artistique débute dès 1900, lorsqu'est créé l'atelier de photographie des Musées royaux d'Art et d'Histoire. Vingt ans plus tard, ces derniers mettent en place le Service de Documentation belge : l'ancêtre de la photothèque de l'IRPA est né ! Tout s'accélère en 1934, lorsque Jean Capart, conservateur en chef des Musées royaux d'Art et d'Histoire, nomme Paul Coremans chef du Service de la Documentation belge et responsable de la création d'un Laboratoire de Recherches physico-chimiques.image016

Durant la Seconde Guerre mondiale, face à la domination allemande et aux destructions causées par les combats, Stan Leurs, professeur à l'Université de Gand et conseiller général pour la Conservation des Monuments au Commissariat général à la Restauration du Pays, et Jozef Muls, directeur général des Beaux-Arts, demandent aux Musées royaux d'Art et d'Histoire de réaliser un inventaire photographique du patrimoine culturel belge. Près de 160 000 négatifs seront réalisés de 1941 à 1945. Ces photos seront particulièrement utiles après la guerre pour reconstituer les œuvres endommagées. Elles resteront, dans certains cas, les seuls témoins d'œuvres d'art anéanties.

De 1946 à 1965 : l'Institut se structure et déménage

Après la fin de la guerre, un arrêté du Régent, daté du 24 juin 1948 (avec effet rétroactif au 1er janvier 1946), fonde les Archives centrales iconographiques d'Art national et le Laboratoire central des Musées de Belgique (ACL). Cette nouvelle institution, indépendante des Musées royaux d'Art et d'Histoire, se consacre officiellement à l'inventaire, l'étude scientifique et la conservation des œuvres d'art, au bénéfice de tout le pays.

Cette année-là, les ACL se voient confier l'étude et le traitement du Triptyque du Saint-Sacrement de Dirk Bouts, mission importante pour leur avenir. En effet, c'est à cette occasion que le restaurateur belge Albert Philippot collabore pour la première fois avec l'IRPA. Par la suite, il influencera énormément l'élaboration de son éthique d'intervention.

En 1950, les ACL entreprennent le traitement de l'Agneau mystique des frères Van Eyck (Gand, église Saint-Bavon), dans une optique de conservation : une commission internationale d'experts est rassemblée et décide de limiter l'intervention de restauration, afin de respecter l'intégrité historique et esthétique de l'œuvre. Formule novatrice pour l'époque ! "En approfondissant son passé, en soupesant son avenir, nous avons vécu, heure par heure, pendant douze longs mois, en étroit contact d'esprit et de cœur avec un des plus grands chefs-d'œuvre du monde. Objet de notre attention et de nos préoccupations de tous les jours, l'Agneau mystique est devenu le maître incontesté de notre vie", écrira Paul Coremans dans le guide du visiteur de l'exposition au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1951. image002_10Suite à ce travail paraît en 1953 un ouvrage qui fera date : L'Agneau mystique au laboratoire, premier au monde à décrire l'examen scientifique et le traitement motivé d'une œuvre prestigieuse.

En 1952-53, les laboratoires se voient confier la châsse de saint Remacleimage018 (Stavelot, église Saint-Sébastien, 1220-1268). Par la suite, plusieurs autres orfèvreries prestigieuses seront traitées dans nos ateliers.

L'arrêté royal du 17 août 1957 fait des ACL l'une des dix institutions scientifiques fédérales : l'Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA). Le projet de travail pluridisciplinaire, défendu dès le début par Paul Coremans est enfin reconnu : des historiens de l'art, des photographes, des chimistes, des physiciens et des restaurateurs sont réunis pour une mission commune : l'inventaire, l'étude et la conservation du patrimoine artistique du pays. "Les éléments d'appréciation d'ordre esthétique, historique, scientifique et technique, constituent autant d'aspects d'un même problème. Tous revêtent à nos yeux une importance égale et doivent contribuer, dans la même mesure, au succès final", dira Paul Coremans dans le guide du visiteur de l'exposition au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1951. Le premier Bulletin paraît l'année suivante.

En 1958, l'IRPA procède au traitement de La justice d'Othon de Dirk Bouts (Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts) avant d'entamer, deux ans plus tard, la restauration de La descente de Croix de Pierre-Paul Rubens (Anvers, cathédrale Notre-Dame).

image019En 1962, l'IRPA déménage et s'installe dans un nouveau bâtiment construit sur les plans de l'architecte Charles Rimanque, selon un concept technique de René Sneyers, qui deviendra directeur de l'IRPA après Paul Coremans, en 1965. Ce bâtiment est le premier au monde spécialement conçu pour rassembler toutes les disciplines œuvrant à la conservation du patrimoine artistique. Récemment, certaines parties de l'édifice ont été classées. Quant au mobilier des bureaux, ateliers et laboratoires, il a été dessiné, en collaboration avec les scientifiques de l'Institut, par l'architecte Stéphane Jasinski ; la firme courtraisienne De Coene l'a réalisé.2

 

De 1966 à 1979 : campagne photographique pour la constitution du Répertoire

En 1967, inquiets face à la disparition de plus en plus fréquente de biens mobiliers dans les églises à la suite de la modification de la liturgie décidée par le concile Vatican II, les ministres de la Culture Pierre Wigny et Renaat van Elslande chargent l'IRPA de réaliser un Répertoire photographique du mobilier des sanctuaires de Belgique. 250 000 prises de vues sont réalisées dans les 222 cantons judiciaires du pays, de façon à inventorier toutes les œuvres présentant un intérêt artistique, historique, archéologique ou folklorique. Commencé en 1967, l'inventaire nécessitera une dizaine d'années de travail.

De 1967 à 1970, l'Institut procède au traitement de la châsse de Notre-Dame (Huy, collégiale Notre-Dame). Au même moment a lieu le traitement de L'adoration des mages de Pierre Bruegel l'Ancien, œuvre sur toile, chose exceptionnelle pour le XVIe siècle (Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique).

Peu à peu, grâce à des prélèvements de petits échantillons de fils au dos de tapisseries de la Ville de Tournai, l'étude des colorants naturels se développe, si bien qu'en 1969 un atelier de conservation des textiles voit le jour à l'IRPA.

 

De 1980 à 1989 : fédéralisation et gestion séparée

Les années 80 verront se développer, dans les laboratoires, des études systématiques sur la consolidation des matériaux pierreux, leur protection contre les pluies acides, l'emploi d'hydrofuges et les méthodes de nettoyage. De même, la datation par le radiocarbone s'affine et devient plus performante.

En 1983, une étude approfondie de la conservation des cuirs et des parchemins est entreprise. De nouveaux domaines de recherche sont ainsi explorés et l'atelier des cuirs et parchemins prend forme.

L'arrêté royal du 31 décembre 1986 constitue en Services de l'État à gestion séparée les établissements scientifiques de l'État qui relèvent des deux ministres de l'Éducation nationale, dont fait partie l'IRPA.

De 1986 à 1989, le portail polychromé dit « de Bethléem » (XIVe siècle) (Huy, collégiale Notre-Dame) est restauré à l'IRPA.

Entre 1987 et 1991, les équipes de l'Institut se consacrent au traitement du Codex Eyckensis (IXe siècle), parchemin enluminé (Maaseik, église Sainte-Catherine). En 1988, l'IRPA procède au traitement du Car d'Or, char processionnel de la Ville de Mons (collégiale Sainte-Waudru). L'année suivante, c'est au tour des reliques des saintes Harlinde et Relinde (IXe siècle) (Maaseik, église Sainte-Catherine) d'être restaurées à l'Institut. Ensuite, de 1989 à 1994, l'IRPA travaille à la restauration du Pavillon chinois de Laeken. Ces mêmes années, l'Institut procède au traitement de l'Élévation de la Croix de Rubens (Anvers, cathédrale).

 

De 1989 à 1998 : début de l'automatisation des archives photographiques

En 1989 débute l'automatisation des archives photographiques. Plus tard, en 1995, l'étape suivante sera franchie : la numérisation des photographies.

En 1991, le Fonds du Patrimoine culturel mobilier créé par la Fondation Roi Baudouin, dans le cadre de sa mission d'intervention dans des situations d'urgence, lance une série de campagnes autour de la restauration. L'IRPA participe ainsi à l'Opération "S.O.S. Grandes Toiles". À cette occasion, deux toiles sont traitées : le Golgotha de Van Dyck (Gand, église Saint-Michel) et le Purgatoire de Rubens (Tournai, cathédrale Notre-Dame).

De 1991 à 1993, les peintures murales de la cathédrale d'Anvers sont, à leur tour, restaurées.

1992 marque le début de la participation des laboratoires aux programmes de recherche financés par l'Union européenne (STEP, ENVIRONMENT, HARDROCK, ENVIART, MAP, SCOST...).

En 1993-94, une seconde opération de restauration d'urgence est lancée par le Fonds du Patrimoine culturel mobilier (Fondation Roi Baudouin) ; cette opération "S.O.S. Tapisseries" permettra à l'IRPA de restaurer le Jugement de Salomon, tapisserie bruxelloise du XVIe siècle appartenant à la ville de Roulers.

En 1993, l'Institut assure le traitement du portail sud de la basilique de Halle.

En 1994, les institutions scientifiques et culturelles, telles que l'IRPA, sont rattachées aux Services du Premier Ministre, les Services fédéraux des Affaires scientifiques, techniques et culturelles (SSTC), sous la tutelle du Ministre de la Politique scientifique.

À la suite d'une exposition prestigieuse réunissant à Anvers, en 1993, dix-huit retables anversois du XVIe siècle, l'IRPA restaure notamment le Retable de la Passion (Opitter, église Saint-Trond).

En 1994-95, le Fonds du Patrimoine culturel mobilier (Fondation Roi Baudouin) entreprend une troisième opération de restauration d'urgence, cette fois consacrée aux sculptures polychromées, l'opération "S.O.S. Polychromies". Quatorze sculptures sont étudiées et traitées à l'IRPA.

image021En 1995-96, l'opération "S.O.S. Peintures anciennes" est consacrée aux peintures sur panneau. L'IRPA se voit confier le chef-d'œuvre de Jean Fouquet, la Vierge à l'Enfant d'Étienne Chevalier (Anvers, Koninklijke Musea voor Schone Kunsten) (photos ci-contre).image022

 

 

 

En 1995, la décision est prise de compléter l'inventaire photographique par les collections des Centres publics d'Action sociale (CPAS) et des abbayes. De plus, le service s'étant équipé progressivement du matériel nécessaire à la photographie en couleur, une campagne de prises de vues en couleur des œuvres d'art les plus importantes du pays est entreprise.

En 1996, l'IRPA entreprend le traitement des peintures murales représentant la Jérusalem céleste et la Vie de sainte Marguerite, datant du XIIe siècle (Tournai, cathédrale Notre-Dame). Il restaure également le Triptyque du Saint-Sacrement de Dirk Bouts (Louvain, église Saint-Pierre), ainsi que la croix triomphale de Jan Borreman et le jubé de la même église. La Châsse de saint Mengold (Huy, collégiale Notre-Dame) a également été restaurée à l'Institut.

 

1998-2008 : de cinquante à soixante ans...

En 1998, l'IRPA fête son cinquantième anniversaire. Une série de manifestations marquent l'événement au mois de mai : Journées Portes ouvertes, Journées thématiques consacrées à la conservation-restauration du patrimoine artistique. Succès considérable !

Cette année-là aussi, l'Institut prend en charge, entre autres, le traitement du Polyptyque de la Mort et de l'Assomption de la Vierge de Bernard Van Orley du CPAS de Bruxelles, une tapisserie de Delft, La Jérusalem céleste de la cathédrale Notre-Dame de Tournai, ainsi que le Retable de sainte Anne de l'église Saint-Sauveur de Bruges.

En 1999, l'IRPA participe aux Journées du Patrimoine en organisant des Journées Portes ouvertes qui attireront 3180 visiteurs...

L'Institut entreprend alors l'automatisation des dossiers laboratoires-conservation et des livres et périodiques de la bibliothèque. L'année 1999 est également marquée par la préparation de l'Itinéraire des retables prévu dans le cadre des événements de Bruxelles 2000. Dans cette perspective, l'Institut se charge de l'étude et du traitement de plusieurs retables parmi lesquels le Retable de la Vierge (XVe siècle, Ham-sur-Heure), le Retable de saint Adrien (1500, église Saint-Adrien à Ixelles) et le Retable de la Passion (XVe siècle, Sint-Salvatorkathedraal à Bruges). Le Retable de la Passion d'Oplinter (XVIe siècle, Musées royaux d'Art et d'Histoire) est choisi comme sujet du premier volume de la série Scientia Artis.

La restauration de la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule a également été l'occasion de plusieurs travaux importants tels que le traitement des verrières ou le traitement des œuvres d'art de la cathédrale (orfèvreries, ornements liturgiques, sculptures, peintures, etc). Le deuxième numéro de la collection Scientia Artis, paru en 2005, est consacré aux vitraux de cette cathédrale.

L'année 2000 est marquée par le grand nombre de traitements de restauration entrepris à la suite de l'incendie de l'église Saint-Jean-Baptiste du Béguinage. L'atelier des peintures se consacre aussi, entre autres, au traitement de la Vierge à la Fontaine de Van Eyck et de la Mort de la Vierge de Poussin. Le département Documentation, lui, organise son premier Séminaire d'Histoire de l'Art, expérience réitérée chaque année depuis.

2001 marque l'aboutissement du projet Carrefour d'informations sur le patrimoine culturel financé par les SSTC et la mise sur Internet du portail BALaT (Belgian Art Links and Tools). Sont ainsi mis à la disposition des internautes un répertoire des centres et chercheurs actifs dans le domaine de histoire de l'art en Belgique et un Dictionnaire des Peintres belges, en interconnexion avec la photothèque de l'IRPA.

De nombreux travaux de restauration se poursuivent, les demandes émanant tant de la Région flamande que de la Région wallonne et de la Région de Bruxelles-Capitale. Les autels de l'église Saint-Jean-Baptiste à Averbode, le Retable de saint Leonard à Léau, divers éléments de l'église Notre-Dame du Sablon, les peintures du musée d'Art moderne et d'Art contemporain de Liège, et bien d'autres encore, sont pris en charge par l'IRPA.

Parmi les restaurations réalisées en 2004 figure le traitement du grand retable anversois de l'église de Pailhe (Musées royaux d'Art et d'Histoire).

La commémoration, en 2005, des 175 ans de la Belgique et des 25 ans de l'État fédéral est l'occasion pour l'IRPA d'organiser l'exposition Dynastie et photographie aux Musées royaux d'Art et d'Histoire.

En janvier de cette même année, une conférence de presse rapporte la découverte de la Madeleine, un important tableau du XVe siècle provenant de la collection Renders et « hyperrestauré » par Joseph Van der Veken ; cette importante découverte donne lieu à une exposition aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, consacrée à cette œuvre ainsi qu'aux dessins et recherches de Joseph Van der Veken. Un catalogue est publié pour l'occasion ; le quatrième volume Scientia Artis, qui y donne suite, est sorti de presse le 15 septembre 2008.

En avril, l'Institut participe également à l'exposition Miroirs du Patrimoine au Grand-Hornu et, en septembre, à une présentation didactique sur la restauration d'un drapeau de 1830 à Gembloux.

Un événement majeur marque l'année 2006 : l'exposition Lambert Lombard organisée du 21 avril au 6 août au Musée de l'Art wallon à Liège. L'IRPA restaure l'ensemble de huit peintures des Femmes vertueuses de Lambert Lombard. Une publication-catalogue, troisième volume de la série Scientia Artis, et un DVD sont édités pour l'occasion.

En février, l'exposition et le symposium consacrés aux clichés allemands de 1914-18 qu'organise le département Documentation révèle l'intérêt exceptionnel des 12 000 photos réalisées par l'occupant en 1917 et 1918.

image002_14En mars, la Maison de la Culture de Tournai accueille les Journées internationales d'histoire de l'art, cette fois consacrées au peintre Robert Campin. Les actes du colloque seront publiés l'année suivante.

Au mois d'août, le glossaire bilingue néerlandais-français du vocabulaire de la sculpture sort de presse.

L'année 2007 est marquée par la réalisation de l'exposition commémorant le tricentenaire de la mort de Jean Del Cour (1631-1707), l'un des plus grands représentants de la sculpture baroque. Cent trente sculptures sont regroupées en l'église Saint-Barthélemy à Liège. L'IRPA prend en charge la désinfection et le traitement de vingt-quatre d'entre elles.

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En septembre 2007 s'achève la restauration de la Sedes Sapientiae de l'église Saint-Bavon de Mere. Près de deux ans de travail au sein de l'atelier de bois polychromé de l'IRPA permettent à cette statue de la Vierge, qui avait été repeinte à cinq reprises, de recouvrer une polychromie de qualité. Une exposition didactique est organisée au moment de sa remise en place.

En 2007 a lieu également le colloque intitulé Chronologie et évolution dans le Mésolithique d'Europe septentrionale et occidentale. Fruit de la collaboration entre l'unité de préhistoire de l'Université de Gand et le laboratoire de datation radiocarbone de l'IRPA, ce congrès international aborde deux thèmes principaux : les progrès récents dans la datation absolue du Mésolithique et les tendances évolutives dans le Mésolithique.

L'IRPA connaît également un changement important dans le courant du mois de novembre 2007 : le déménagement de la photothèque. Les archives photographiques sont désormais entreposées au sous-sol, dans de meilleures conditions de conservation. Ceci permettra, ultérieurement, de déplacer la bibliothèque au premier étage, afin qu'elle bénéficie d'un espace plus grand.

En 2008, l'IRPA a fêté ses soixante ans ! Un anniversaire marqué par la publication du quatrième volume de la série Scientia Artis, consacré au restaurateur belge Joseph Van der Veken, ainsi que par ce nouveau site Internet. Le tout présenté lors des Journées Portes Ouvertes des 20 et 21 septembre !